samedi 21 novembre 2015

Un samedi 14 novembre 2015...


Ça se passe quelque part sur Terre...

Dans un petit recoin nommé France...

Dans l'une de ses villes encore ensoleillées par les miracles d'un été indien qui ne veut pas céder…

C’est un lendemain qui ne porte pas de nom. Sa vocation, c’est simplement d’être le lendemain…

Tu vois, la vie, c’est ça : elle ne lâche pas l'affaire !

Regarde-les ! Ils sont tous là : les vétérans, les ados et les jeunes pousses...

 Les skateurs, les bikers et les trottinettes…

Tous ont le sourire au coin des lèvres...

Ceux qui apprennent, ceux qui déchirent, ceux qui s'envolent... 



Ils nous emportent avec eux...

La plus noire des nuits peut bien tomber. Elle peut même revêtir des atours menaçants...

Qu’ils ne s’arrêteront pas...

Tu peux compter sur eux.

mardi 10 novembre 2015

LE CONCERT


Toulouse, chez Nico. Dimanche 8 novembre 2015, quelque part dans la nuit…

Je me doutais que ce moment viendrait, qu’il finirait par arriver. Il était inévitable. La poussée de cet été a été l‘une des plus violentes. Mon frère a pris cher. Très cher.

On s’est parlé plusieurs fois au téléphone, de longues minutes. Il me racontait. Je marchais sur l’asphalte en face de la maison de Yann. Je voulais qu’il me dise les maux et qu’il en soit guéri ; immédiatement.

On évoquait ce  concert aussi, une perspective heureuse, qui arriverait bientôt. Archive, chez lui, à Lyon. Les gens qu’on aime, on les aime pour toujours. Rien n’arrête cet amour-là. Vous le gardez en vous, sans que rien ne vous l’enlève, pas même le plus moche.

Vous sentez dans votre ombre comme le reflux d’un être qui fût proche de vous. Quelqu’un de plus sensé, de plus raisonnable. Mais le sentiment, la certitude, sont invariables. Soyez certain que les vents contraires ne sont pas légions. Soyez sûr qu’ils adviendront.

Le fameux soir est venu et nous avons mis le fauteuil dans le coffre de la voiture, en ayant au préalable rabattu les sièges arrières. On a pris la route. Je me suis trompé une fois, sans conséquence. On a fumé le joint comme des voleurs, vite vite, cachés dans l’habitacle, avant de se décider à rejoindre la salle de concert, deux étages et quelques dédales plus haut.

J’ai sorti le fauteuil du coffre et l’ai déplié. Pascal s’y est installé. Je l’ai poussé, sur les sols parfaits du parking souterrain. On est arrivé aux premiers ascenseurs, tous deux en phase cannabique ascendante. On a retrouvé l’air libre. Il fallait maintenant trouver l’amphithéâtre. Tout se passait bien. Je n’étais pas triste, pas une seconde. Seulement fier. Fier que ce mec soit mon frère. Fier qu’il continue à se battre, à aimer, à vivre.

On nous a guidés, emmené à nos places, tout en haut. Le mec en bleu nous a parlé de son premier concert d’Archive, quelques années en arrière, alors seulement première partie de Massive Attack. Comme une certitude d’être là. Quand vous tenez à elle, la musique sait raconter votre vie à votre place.

Le concert a été fabuleux, bien sûr. J’étais avec mon frère, nous étions ensemble. Notre dernier concert ensemble, c’était Massive Attack justement, en 2009, dans la salle rectangulaire du Phare de Tournefeuille. Mon frère était debout à cette époque. A la fin du concert, il avait simplement dû prendre appui sur mes épaules.

Six ans plus tard, le fauteuil est plus simple, moins douloureux, partagé. Je me suis senti meilleur que la plupart du temps, à faire le copilote, à être simplement à ses côtés, et pouvoir profiter, en concert, de notre amour commun et viscéral de la musique.

Sur le chemin du retour, on a fumé le reste du pétard. Pascal était déchiré et je crois sincèrement qu’il était heureux à ce moment-là, comme je l’étais moi-même. On l’a déjà dit, il demeure des choses qui sont invincibles.

J’étais déchiré aussi ; on a failli être dangereux en caisse et ça nous a fait beaucoup rire. On est rentré et, pour changer une vraie fois pour toutes celles passées, je lui ai fait à manger. De la salade et des toasts au fromage de chèvre, fondus au four, assaisonnés au miel ou à l’huile d’olive et aux herbes. On a fini avec d’autres joints, un Languedoc honnête, un vin produit à Agde, une tentative de film.

Le lendemain, on a fait cette ballade. D'abord la rue, puis le skate-park et le jardin envahi des couleurs de l’automne. Un employé municipal anachrome. On a fait des photos, Marina et moi se relayant pour le pousser.

La lumière était douce, propice. Ça ressemblait un peu à un conte.

Ensuite, on est sur ce pont, qui survole le Rhône. Je fais cette photo. Elle est catégorique.  On y voit mon fils et mon frère, au second plan. On n’a jamais vraiment su imaginer demain avec précision. On y met souvent l’ardeur, ou la poésie.

La vérité, c’est que vous ne savez rien de ces choses-là. Vous êtes un être vivant. Vous avancez. Le cœur est un outil formidable ; on peut se fier à lui. Quand vous voyez cela, vous savez au fond de vous que l’amour est inaltérable, malgré les innombrables coups, sa si fragile substance, sa grande frivolité.

Vous savez, du plus profond de votre enfance jusqu'à ce jour, que vous n’auriez jamais imaginé rien de tel. Mais vous savez aussi ce qui vous constitue. 

samedi 7 novembre 2015

Éclosion



Depuis la contre-allée mineure, il entendait du vaste Monde le tumulte inassouvi, les rumeurs écrasantes, les folles aspirations.  

Il percevait, dans la tension des multitudes, l’immense pouvoir du désapprendre ; le risque inouï de vivre.

Quelqu’un passa, effleura sa joue, d’une paume si bien intentionnée qu’il se remémora instinctivement la dernière étreinte, le souffle, les peaux, l’émoi. Son propre abandon.

Celle qui l’avait caressé s’en était déjà allée. Dans les dissimulations de l’alcôve,  combien alors il était facile de se cacher, de ne plus aimer.

Il regarda autour de lui, lentement énuméra les fils de sa condition, prison de verre poli où rien de trop brutal ne pouvait survenir.

Inatteignable, il murmura :

-          Je suis inhumain, si je demeure ici…

Il tira calmement les capuches en arrière ; elles amoindrirent, dans leur retrait, les immuables cicatrices.

A visage découvert, il sentit bientôt la force de l’Appel résonner dans tous ses membres. Il s’approcha du frêle passage, un seul battement de cœur sincère.

L’Homme était là, si proche du Monde, qu’il s’y laissa enfin glisser





52 Semaines est un projet en commun créé en 2013 avec mon frère Pascal. 
L'une de ses photos, romancée par quelques-uns de mes mots...