vendredi 15 juillet 2016

JE VOUS RETIRE LE DROIT

Ce que je voudrais dire à Messieurs Valls, Hollande et consort.

En ce nouveau jour d'une peine immense et d'une colère infinie, je vous retire le droit de parler en notre nom, au nom du peuple de France.
Je vous interdis de dire à notre place que nous ferons front, que nous serons courageux, que nos larmes sécheront un jour, parce que la démocratie est la plus forte et qu'elle finira par vaincre.
Je vous interdis de dire ce que vous ne savez pas, cette matière dont vous ignorez tout, nos battements de cœur, nos révoltes sincères pour l'instant inutiles, nos aspirations simples d'un monde plus équilibré, où les raisons des humbles et des plus faibles, sont celles qu'il faut défendre, avant tout.
Je vous retire le droit de proclamer que j'ai mal et que vous allez faire le nécessaire pour que cette douleur cesse.
Je vous retire le droit d'incarner ces martyrs, nos morts, pour les guerres et les intérêts qui n'ont jamais été ceux des gens qui sont écrasés par les bombes, ou les camions blancs.
Je vous retire le droit de nous faire part de ce que vous imaginez pour nous, pour les années à venir. Vous n'imaginez rien. Vous ne rêvez pas. Vous calculez. 
Je vous laisse ce droit-là, celui de calculer.
Calculez, jusqu'à ce que les chiffres vous étouffent, vous aspirent, et vous fassent finalement disparaître.
Calculez de quelle manière vous pourrez encore écraser nos droits les plus fondamentaux, à coups de 49.3, de corruption, de collusion, de vente d'armes à l'international, comme le symbole d'une nation qui s'est perdue en chemin.
Calculez... Et rappelez-vous, jusqu'à ce que mort s'en suive, à quel point vous avez trahi cette démocratie, cette même démocratie que vous étiez censés représenter, avec justesse, justice, humilité et tempérance.
Calculez et rappelez-vous encore à quel point vous la foulez au pied depuis vos sombres exercices, vos grands palais, vos beaux discours, vos louanges misérables d'une élite assoiffée qui ne sert qu'elle-même, les intérêts des puissants, des lobbys, des hégémonies.
Rappelez-vous enfin que nous n'oublions rien, que nous n'oublierons plus, ni votre ingérence, ni vos colonies, ni vos obséquieuses médailles du mérite, ni votre inépuisable condescendance.
Rappelez-vous qu'un jour nous changerons peut-être de logiciel interne.
 Un jour viendra, car il doit maintenant venir, où nous nous réveillerons pour de bon, où nous comprendrons que ce n'est pas à nos enfants de changer la triste donne d'un monde à bout de souffle.
C'est à nous, les morts, les vivants, les écrasés, de réaliser cette improbable mutation, cette lumineuse acrobatie que de renverser enfin un Système qui nous tue. 
Je vous retire le droit de m'interdire de me battre pour ce nouveau monde, ce monde dont vous ne ferez plus partie.

mardi 8 décembre 2015

Regard vers demain



Trouver les mots justes, adopter la bonne attitude, savoir maîtriser ses émotions.

Au réveil ce samedi matin-là, Ethan nous rejoignit dans le lit. J'avais très peu dormi, parcouru une sombre nuit emplie de cauchemars, nourrie des visions d’horreur de la télé, de cette impossibilité qu’on vienne assassiner massivement le peuple de France à l’arme de guerre, dans les rues de Paris, ses cafés, ses restaurants, ses salles de concert, son grand stade de foot.

Paris, ma ville natale, la cité des lumières, mise à feu à et sang, dans l’aveuglement le plus total...... 

Retrouvez le texte intégral au format papier ou numérique sur 

http://www.edilivre.com/catalog/product/view/id/745668/s/regard-vers-demain-olivier-brugerie-di-puglia/#.Vw5sDJiaqp0


samedi 21 novembre 2015

Un samedi 14 novembre 2015...


Ça se passe quelque part sur Terre...

Dans un petit recoin nommé France...

Dans l'une de ses villes encore ensoleillées par les miracles d'un été indien qui ne veut pas céder…

C’est un lendemain qui ne porte pas de nom. Sa vocation, c’est simplement d’être le lendemain…

Tu vois, la vie, c’est ça : elle ne lâche pas l'affaire !

Regarde-les ! Ils sont tous là : les vétérans, les ados et les jeunes pousses...

 Les skateurs, les bikers et les trottinettes…

Tous ont le sourire au coin des lèvres...

Ceux qui apprennent, ceux qui déchirent, ceux qui s'envolent... 



Ils nous emportent avec eux...

La plus noire des nuits peut bien tomber. Elle peut même revêtir des atours menaçants...

Qu’ils ne s’arrêteront pas...

Tu peux compter sur eux.

mardi 10 novembre 2015

LE CONCERT


Toulouse, chez Nico. Dimanche 8 novembre 2015, quelque part dans la nuit…

Je me doutais que ce moment viendrait, qu’il finirait par arriver. Il était inévitable. La poussée de cet été a été l‘une des plus violentes. Mon frère a pris cher. Très cher.

On s’est parlé plusieurs fois au téléphone, de longues minutes. Il me racontait. Je marchais sur l’asphalte en face de la maison de Yann. Je voulais qu’il me dise les maux et qu’il en soit guéri ; immédiatement.

On évoquait ce  concert aussi, une perspective heureuse, qui arriverait bientôt. Archive, chez lui, à Lyon. Les gens qu’on aime, on les aime pour toujours. Rien n’arrête cet amour-là. Vous le gardez en vous, sans que rien ne vous l’enlève, pas même le plus moche.

Vous sentez dans votre ombre comme le reflux d’un être qui fût proche de vous. Quelqu’un de plus sensé, de plus raisonnable. Mais le sentiment, la certitude, sont invariables. Soyez certain que les vents contraires ne sont pas légions. Soyez sûr qu’ils adviendront.

Le fameux soir est venu et nous avons mis le fauteuil dans le coffre de la voiture, en ayant au préalable rabattu les sièges arrières. On a pris la route. Je me suis trompé une fois, sans conséquence. On a fumé le joint comme des voleurs, vite vite, cachés dans l’habitacle, avant de se décider à rejoindre la salle de concert, deux étages et quelques dédales plus haut.

J’ai sorti le fauteuil du coffre et l’ai déplié. Pascal s’y est installé. Je l’ai poussé, sur les sols parfaits du parking souterrain. On est arrivé aux premiers ascenseurs, tous deux en phase cannabique ascendante. On a retrouvé l’air libre. Il fallait maintenant trouver l’amphithéâtre. Tout se passait bien. Je n’étais pas triste, pas une seconde. Seulement fier. Fier que ce mec soit mon frère. Fier qu’il continue à se battre, à aimer, à vivre.

On nous a guidés, emmené à nos places, tout en haut. Le mec en bleu nous a parlé de son premier concert d’Archive, quelques années en arrière, alors seulement première partie de Massive Attack. Comme une certitude d’être là. Quand vous tenez à elle, la musique sait raconter votre vie à votre place.

Le concert a été fabuleux, bien sûr. J’étais avec mon frère, nous étions ensemble. Notre dernier concert ensemble, c’était Massive Attack justement, en 2009, dans la salle rectangulaire du Phare de Tournefeuille. Mon frère était debout à cette époque. A la fin du concert, il avait simplement dû prendre appui sur mes épaules.

Six ans plus tard, le fauteuil est plus simple, moins douloureux, partagé. Je me suis senti meilleur que la plupart du temps, à faire le copilote, à être simplement à ses côtés, et pouvoir profiter, en concert, de notre amour commun et viscéral de la musique.

Sur le chemin du retour, on a fumé le reste du pétard. Pascal était déchiré et je crois sincèrement qu’il était heureux à ce moment-là, comme je l’étais moi-même. On l’a déjà dit, il demeure des choses qui sont invincibles.

J’étais déchiré aussi ; on a failli être dangereux en caisse et ça nous a fait beaucoup rire. On est rentré et, pour changer une vraie fois pour toutes celles passées, je lui ai fait à manger. De la salade et des toasts au fromage de chèvre, fondus au four, assaisonnés au miel ou à l’huile d’olive et aux herbes. On a fini avec d’autres joints, un Languedoc honnête, un vin produit à Agde, une tentative de film.

Le lendemain, on a fait cette ballade. D'abord la rue, puis le skate-park et le jardin envahi des couleurs de l’automne. Un employé municipal anachrome. On a fait des photos, Marina et moi se relayant pour le pousser.

La lumière était douce, propice. Ça ressemblait un peu à un conte.

Ensuite, on est sur ce pont, qui survole le Rhône. Je fais cette photo. Elle est catégorique.  On y voit mon fils et mon frère, au second plan. On n’a jamais vraiment su imaginer demain avec précision. On y met souvent l’ardeur, ou la poésie.

La vérité, c’est que vous ne savez rien de ces choses-là. Vous êtes un être vivant. Vous avancez. Le cœur est un outil formidable ; on peut se fier à lui. Quand vous voyez cela, vous savez au fond de vous que l’amour est inaltérable, malgré les innombrables coups, sa si fragile substance, sa grande frivolité.

Vous savez, du plus profond de votre enfance jusqu'à ce jour, que vous n’auriez jamais imaginé rien de tel. Mais vous savez aussi ce qui vous constitue. 

samedi 7 novembre 2015

Éclosion



Depuis la contre-allée mineure, il entendait du vaste Monde le tumulte inassouvi, les rumeurs écrasantes, les folles aspirations.  

Il percevait, dans la tension des multitudes, l’immense pouvoir du désapprendre ; le risque inouï de vivre.

Quelqu’un passa, effleura sa joue, d’une paume si bien intentionnée qu’il se remémora instinctivement la dernière étreinte, le souffle, les peaux, l’émoi. Son propre abandon.

Celle qui l’avait caressé s’en était déjà allée. Dans les dissimulations de l’alcôve,  combien alors il était facile de se cacher, de ne plus aimer.

Il regarda autour de lui, lentement énuméra les fils de sa condition, prison de verre poli où rien de trop brutal ne pouvait survenir.

Inatteignable, il murmura :

-          Je suis inhumain, si je demeure ici…

Il tira calmement les capuches en arrière ; elles amoindrirent, dans leur retrait, les immuables cicatrices.

A visage découvert, il sentit bientôt la force de l’Appel résonner dans tous ses membres. Il s’approcha du frêle passage, un seul battement de cœur sincère.

L’Homme était là, si proche du Monde, qu’il s’y laissa enfin glisser





52 Semaines est un projet en commun créé en 2013 avec mon frère Pascal. 
L'une de ses photos, romancée par quelques-uns de mes mots... 

mardi 28 juillet 2015

Le P'tit Ch'min




Venez prendre "Le P'tit Ch'min", expo photos éphémère, lors de l'exposition Art Nocturne "Marée Basse", le vendredi 31 juillet prochain de 21h00 à minuit, sur la plage centrale de Montalivet.

Toutes les infos ici :



mercredi 3 juin 2015

Univers


Alors que l’aube opérait sans bruit, je contemplais Liz s’ouvrir à la vie. Le soleil était une pensée pour l’instant d’après, celui qui nous appartenait de ne pas encore être advenu. Elle s’étirait avec application, comme on regarderait quelque chose d’abstrait ou qui relève du cinéma.

C’était intemporel.

Je ne la regardais pas avec émerveillement. Je la regardais comme la seule femme au monde. Je pouvais sentir les ambres de sa respiration dominer les sombres replis des couvertures mauves que nous préférions. Moi, je restais figé. Je m’interrogeais : comment avais-je pu obtenir cela ? Comment, dans la féroce théorie du chaos qu’avait été ma vie, j’avais pu fouler les mêmes terres qu’un être tel que Liz.

Ce n’était pas machinal et ne durait jamais assez, mais dans ces moment-là je pouvais ressentir la paix en moi. Je me laissais même saisir par un fugace sentiment d’éternité, une espèce de prisme hors catégorie. Une certitude plus forte que tous les mauvais coups.

Que se passa-t-il ?

Il y a eu d’autres réveils, d’autres matinées où nous étions maîtres du temps, où nos vies n’appartenaient qu’à cette seule vérité : nous sommes ce que nous voulons être. Je pouvais bien crier à l’intérieur de moi, mes cris se perdaient dans les tissus de l’amour de Liz. Elle était ma patrie de paix, ma sensuelle projection vers un demain sans ombre, là où nous voudrions aller.

Mais Liz tomba enceinte.

Elle me l’avoua ce matin-là, m’enserrant le visage de ses mains si délicates et fraîches. Elle me sembla au-dessus du monde, un endroit sacré que je ne pourrais jamais savoir.  Avais-je d’autres choix que de la prendre dans mes bras, la serrer fort pour ce miracle, l’épouvante de ne plus être le seul ? Celui à qui on ne dira jamais qu’il en fait trop, ou pas assez. Celui qui met exclusivement le feu dans votre ventre.

Ce temps allait disparaître. J’allais devenir un second, la part d’un tout où je ne serai plus l’univers. Je ressentis une peur immense, une effroyable éradication de tout ce que je connaissais, de tout ce que cette femme avait fait de moi. Ce n’est pas anodin de renoncer à cela par amour. J’aimais Liz. Elle allait devenir la mère de notre enfant. Elle me dit :

-       Bernard, ne sois pas plus. Soit juste l’homme que j’aime. Sois avec moi quand je douterai de moi. 
                                                             
Il fallait que je réponde quelque chose de bien, un truc considérable. Je lui répondis que nul homme ne pouvait rêver plus que ce qu’elle me témoignait, mon propre sang et le sien coulant dans le corps d’un nouvel être, notre futur bébé.

Ce ne fut certainement pas les mots qu’elle aurait souhaité entendre en premier lieu, mais Liz me sourit avec compassion, puis posa doucement la tête sur ma cuisse. Elle s’abandonna à la rêverie avec confiance, tandis que je lui caressais les cheveux.  

Comme j’ai menti, ce matin-là.

Le soir venu, demeuré seul dans le salon, j’ai avoué aux ténèbres ma couardise, mon incapacité à dire la vérité à la femme que j’aimais :

-          Tu me terrifies, mon amour. 


jeudi 29 janvier 2015

Les Étranges Matières



Tu vois, c’est pas juste une question de posture, de rhétorique, de modernité. Tu sais qu’il ne suffit pas d’être à propos, à propos de tout, de n’importe quoi.

T’es là, tu vois ta vie ; les gens qui t’aiment, ceux qui te sont chers. Et puis tu vibres, parce que tu es cette personne, celle qui a un cœur énorme, celle qui n’a jamais cessé de dire non aux gueules enfarinées.

T’as compris aussi que tu n’y arriveras pas tout seul !

Tout est toujours question d’alchimie, dans ces moments uniques, obtenus comme ça, l’air d’un rien, sur le bas d’un trottoir, à l’ombre des grandes plaidoiries, loin des sentiers bruyants empruntés par les hordes de ceux qui ont tout compris, tout appris, tout su.

C’est vrai, tu n’iras pas partout. Tu verras pas le monde entier. Tu gagneras pas cent millions. Mais t’auras toujours tes yeux pour voir et ton foutu cœur, pour aimer.

Toute ta vie, la plupart du temps, tu seras seul avec tout ça, les étranges matières de l’âme, mais jamais seul avec tout le reste.

Alors n’aie pas peur. Continue, te laisse pas faire.


Les yeux ouverts, le cœur sincère… 




52 Semaines est un projet en commun créé en 2013 avec mon frère Pascal. 
L'une de ses photos, romancée par quelques-uns de mes mots... 

jeudi 16 octobre 2014

Les Palissades



Dans les blanches palissades ce matin, j’ai repensé ce songe

On eut dit le récit d’un va-t-en-guerre, où guérir était mourir deux fois

Ce sont les Lignes de nacre, les espérances fouettées 


Apprendra-t-on ce qu’on n’a jamais su ?

Y’aura-t-il plus de clairvoyance ?

Serons-nous de la décade des gens instruits ?


J’ai eu un peu peur, lorsque les questions sont venues

Je me suis dit : halte, mais qui va là ?

La seule personne de ce que j’ai accompli


Quelles histoires raconteras-tu ?

Celles à venir, celles à laisser ?

Comment traduire l’inexplicable ?


Sers-toi de ton cœur, puisqu’en son fond réside ton âme

Pas un pli, ni figures

Tu es, tu demeures

Dans les blanches palissades et les parquets moulus





52 Semaines est un projet en commun créé en 2013 avec mon frère Pascal. 
L'une de ses photos, romancée par quelques-uns de mes mots... 

jeudi 25 septembre 2014

LES 10 COMMANDEMENTS



Je pense à toute ces années, toutes ces histoires,  un peu dingues ou un peu moins. Elles sont là, elles existent. Elles font partie de ma vie.

Je sais seulement que je ne dois pas regretter, que je ne dois rien regretter. Je n’ai pas le choix. Aussi imparfaites qu’invraisemblables parfois, ces histoires-là sont la vie elle-même. Elles font de moi un être vivant.

Oui, un grand vertige et le grand saut, tomber pour tout perdre, sans que rien d’autre pourtant ne cesse.

Qui n’a pas vécu cela ?

C’est tout le reste, tout ce qui demeure inchangé, qui peut rendre fou, parce qu’à l’intérieur de vous, tout semble différent, dévasté. Le plus déstabilisant alors, c’est qu’il n’y a que dans cet intérieur là que cette dévastation est palpable, tangible, presque raisonnable. Elle échappe à la résidence du Monde, devenant pourtant le cœur même de Celui dans lequel on doit vivre.

Si nous échouons là où nous supposions que l’entreprise était juste, comment ne pas remettre en cause sa propre patrie, son domicile d’homme ?

Peut-être et simplement, en allant chercher encore, au-delà des injustices, des pas de bol tu t’es planté et encore t’as pas fini mec, parce que tu tentes, parce que tu vibres, et ce n’est surtout pas un alibi et tu sais quoi, l’avenir s’en cogne.

Hé oui, t’es certainement plus assez fort pour conquérir le monde ! C’est fâcheux, certes, mais t’as vu la gueule qu’il a, le monde ?

Et pourquoi devrais-tu seulement t’en soucier, alors qu’il te reste encore à entreprendre la plus grande des conquêtes : celle de toi-même.

Ces épisodes, des plus prometteurs aux plus chaotiques, sont la substance de vivre et, à l’heure qu’il est, tandis que le jour ne tardera pas à poindre, la seule matière que je puisse abreuver.

Je suis une bête et un être humain. L’amour n’a jamais été inconcevable.  Il ne le sera jamais. Il n’a pas dit son dernier mot.

Y’a t-il seulement un ailleurs, un plus tard, un autrement qui puisse être différent, si nous ne changeons pas ? Ne sommes-nous que quelques-uns à poser ce genre de questions ? Je ne le crois pas. Je me trompe peut-être.

Faudrait-il aussi se résigner à oublier les rêves de notre jeunesse, ceux d’une époque où le rêve lui-même ne pouvait être compromis. Ce n’est pas une question d’adolescence écornée, mais de résignation. Et à cette dernière,  on peut encore dire non.  

Un an passe ou une décade, en un seul souffle, si vertigineux, qu’on n’évite pas le piège du compte à rebours. Mais on doit pouvoir compter autrement.

J’ai beau avoir quarante ans, c’est bien une vie entière que je veux pour demain. Je crois encore à quelques rêves et il se pourrait bien que j’ai raison. Même si je ne connais pas la formule, je peux tenter d’apprivoiser cette fourbe appréhension qui fige l’énergie vitale dans un immobilisme qui ne devient qu’une cage de plus.

La raison pour laquelle je peux encore intervenir, c’est que cette cage là n’existe que par moi, mes doutes et le confort inconfortable dans lequel je baigne et me prélasse.

Etre une machine ou cesser de l’être. Crever plus vite ou ne crever pas trop vite. Mourir quand l’heure sera venue. Mais avant cela, et là je cite : décider quoi faire du temps qui nous est imparti. 

Ça colle, bien sûr. Ça fonctionne même suffisamment pour garder les pieds sur terre, en les ancrant en cette planète avec une once supplémentaire d’ardeur et de pragmatisme.

Faudrait-il également à jamais renier sa part de folie ? Je ne le crois pas non plus.

Elle est cette parcelle encore capable de changer la donne. Non pas qu’elle soit globalement assez futée pour s’accaparer à elle seule le bon stratagème, mais de part sa nature, intrinsèquement, devenir le vecteur de la mise en marche, le catalyseur d’un déclic devenu aussi nécessaire qu’indispensable.

Où voulons-nous aller ? Que devons-nous faire pour y parvenir ?


1 - Serrer les dents et pleurer, seulement lorsque personne ne peut vous voir.

2 - Faire le pitre, au lieu de transmettre sa tristesse.

3 - Dire des conneries, autant que l’on peut.

4 - Faire des conneries, tant qu’il y aura des conneries à faire.

5 - Croire au Beau, lorsque tout n’est que mocheté ou ivresse - cela n’arrive presque jamais. Toujours croire en Lui.

6 - Apprendre de la laideur, sans s’inspirer d’elle.

7 - S’impliquer et savoir être seul, sans que la solitude ne soit jamais rempart à l’altruisme.

8 – Savoir ne pas être seul, pourtant lâcher prise.

9 - Dire des trucs sympas, quand la sympathie est véritable.

10 - Enfin, vendre sa culpabilité aux enchères du Monde et puis le regarder, droit dans les yeux, sans honte et sans rancune, au moment précis où il allonge la monnaie.